2014 : Cambodge - Laos - Vietnam - Ouest Américain
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Sapa : samedi jour de marché

Samedi 3 mai :

Sapa est une petite ville située à une trentaine de kilomètres de la frontière chinoise. A 1 650 mètres d’altitude elle fait face au point culminant du Vietnam, le Phan Si Pan (3 143 m). Nous sommes donc à la montagne ici et cela se sent et se voit : il ne fait pas chaud, l’atmosphère est très humide et souvent les nuages envahissent la ville en quelques secondes puis disparaissent aussi vite.

Le samedi à Sapa c’est le jour du grand marché. Les habitants des villages environnants viennent y vendre leurs produits.







Il n’y a pas d’âge pour être un bon vendeur !


Mais si de nombreux touristes étrangers viennent à Sapa, c’est surtout parce que c’est le point de départ de superbes randonnées qui mènent au cœur des rizières en terrasses et à la découverte de vallées lointaines. Il est temps pour nous d’organiser le trek que nous souhaitons débuter demain.

Nous cherchons un trek de trois jours, organisé par une agence locale, et nous voulons avoir un guide local (il semblerait que cela ne soit pas toujours le cas en période de forte affluence). Après recherche sur internet nous trouvons deux agences qui semblent correspondre à ce que nous cherchons et qui ont bonne réputation. Nous optons pour Sapa O’Chau (« merci Sapa » en Hmong) qui associe agence locale et organisation qui assure des formations pour les jeunes Hmong. Nous nous rendons donc chez eux et après quelques minutes de réflexion, nous choisissons un trek de trois jours, le Muong Hoa trek d’une longueur de 38 km au total. Comme nous le souhaitons, notre trek débutera demain et, cerise sur le gâteau, nous serons seuls. On nous a également assuré que nous ne serons pas nombreux dans les homestays (hébergements chez l’habitant) où nous passerons nos deux nuits. Nous avons eu de nombreux retours d’expérience où des touristes se sont retrouvés à une vingtaine dans un dortoir. Après les merveilleuses soirées que nous avons vécues à Mai Chau, nous ne voulions surtout pas d’une telle expérience.

Plus d’infos sur :

Maintenant que notre trek est organisé, nous avons le temps d’aller nous balader dans Sapa. Il y a un monde fou aujourd’hui à Sapa. De nombreux touristes vietnamiens s’y rendent le week-end et comme cette semaine est une semaine de vacances pour de nombreux vietnamiens (le 30 avril et le 1er mai sont fériés), ils sont ici en nombre. C’est également la semaine de la culture et du tourisme à Sapa.

Nous sommes samedi (jour du grand marché), la ville est donc remplie des membres des ethnies montagnardes qui portent tous leurs belles tenues colorées. Beaucoup d’entre eux proposent à la vente des vêtements et de l’artisanat de style ethnique (principalement à l’attention de touristes).






















A Sapa, les Hmong Noirs sont les plus nombreux. Ils sont reconnaissables à leurs bandes molletières qui leur font un genre de guêtres et à leurs costumes indigo. C’est à cette couleur bleue très foncée qu’ils doivent ce qualificatif de « noir ». Les femmes Dao Rouges sont également nombreuses. Elles sont facilement reconnaissables à leur coiffe rouge bordée d’une bande blanche (souvent cette coiffe est ornée de pompons rouges).

Est-ce parce que nous sommes samedi ou parce que cette semaine est particulière, mais des jeux sont organisés sur la place centrale de Sapa (tirs à la corde, divers jeux de balles, courses en échasses, …).



Dans la soirée, après avoir dîné, nous allons au marché de nuit. Rien de neuf par rapport à ce que nous avons vu dans la journée : des dizaines de vendeuses proposent coiffes, habits, sacs et autre objets aux couleurs de leurs ethnies.

Nous sommes attirés par de la musique provenant de derrière l’église. Une messe nocturne s’y déroule en présence de plusieurs centaines de personnes en habits traditionnels des différentes ethnies. Beaucoup de ferveur et de couleurs …

Nous rentrons de bonne heure à l’hôtel. Nous avons rendez-vous demain matin à 9 heures pour démarrer notre trek et nous avons intérêt à être en forme !

Premier jour de trekking dans les environs de Sapa

Dimanche 4 mai :

Ce matin à 9 heures une jeune guide de l’ethnie des Hmong Noirs (travaillant pour Sapa O'Chau, la "social enterprise" avec laquelle nous avons réservé notre trek) vient nous chercher à l’hôtel. Elle s’appelle Mo et elle a 29 ans. Nous allons passer les trois prochains jours en sa compagnie. D’un naturel plutôt timide, elle s’avèrera être une guide prévenante, à l’écoute de ses clients et très intéressante. Elle parle un anglais très correct (bien meilleur que le nôtre), qu’elle n’a appris qu’en écoutant les voyageurs qu’elle accompagne. Elle sait se servir d’un appareil photo reflex bien qu’elle n’en ait jamais eu. Comment elle a appris ? En regardant faire les touristes qu’elle guide. Elle connait même les meilleurs endroits pour faire les photos (toujours en observant les touristes). Nous nous entendrons très bien avec Mo est elle loin d’être étrangère au fait que nous garderons un excellent souvenir de ce trek.


C’est parti pour 14 kilomètres de randonnée. Le temps restera couvert toute la journée mais pour une fois nous n'aurons pas de pluie. Nous quittons Sapa à pied et entamons une grande descente jusqu’au petit village Hmong Noir de Cat Cat. Nous sommes quatre : Mo, nous deux et une mamie Hmong Noir de 55 ans. Qui est-elle ? Nous ne le savons pas plus que vous. C’est une des traditions de Sapa : quand un groupe part faire une randonnée il est suivi par une ou plusieurs femmes issues des minorités des environs de Sapa. Pourquoi ? L’espoir de leur vendre un peu d’artisanat local. Nous lui expliquons à plusieurs reprises que nous ne sommes pas intéressés mais rien n’y fait, elle nous suit. Au bout d’un quart d’heure nous abandonnons et elle fait maintenant pleinement partie de notre troupe. Nous discutions tous ensemble car elle aussi maîtrise assez bien l’anglais.



La descente jusqu’à Cat Cat n’est pas la partie la plus intéressante de notre trek. Elle nous même jusqu’à une petite cascade.



C’est maintenant que notre trek commence réellement. Nous abordons une zone de rizières en terrasses et rapidement nous sommes rassurés. Nous étions inquiets car nous avons pris un vrai « risque » : nous savons parfaitement qu’à cette époque les rizières des environs de Sapa ne sont pas encore vertes, mais nous espérions, sans en avoir l’assurance car c’est un peu tôt dans la saison, qu’elles seraient en eau. C’est le cas, pas pour toutes les rizières, mais pour une proportion suffisante pour pouvoir profiter de ces paysages magnifiques. Nous avons ainsi trois couleurs : des rizières en eau, des rizières couleur terre et des parcelles vertes (il s’agit des semis de riz qui seront plantés dans les rizières d’ici un à deux mois).







Nous sommes en pleine période de labours. Deux méthodes coexistent : la méthode traditionnelle avec les buffles et la méthode moderne avec les motoculteurs. Contrairement aux apparences, ce n’est pas plus simple avec les motoculteurs car il faut les transporter jusqu’aux différentes rizières alors que le buffle, lui, se déplace tout seul !




Nous quittons cette première étendue de rizières pour traverser un paysage plus montagneux.


Nous arrivons près du petit village de Y Linh Ho. Ici les rizières en terrasses, transmises de génération en génération ont une centaine d’années. Elles sont encore plus impressionnantes que les premières que nous avons rencontrées. Par endroit elles sont d’une géométrie parfaite. Les paysages de cette région ont réellement été modelés par des générations de paysans. Nous restons bouche bée et essayons d’imaginer ces paysages sous le soleil et avec des rizières toutes vertes, ou mieux encore couleur or, juste avant les récoltes.











Nous sommes dimanche : pas d’école aujourd’hui. Nous rencontrons donc pas mal d’enfants.





Grosse frayeur avec les petits garçons qui chevauchent le buffle. Après avoir fait la photo, Jean-Michel s’approche d’eux pour leur montrer. Alors que d’habitude les buffles sont des bêtes très placides, celui-ci prend peur et se lève d’un seul coup. Tout se passe bien pour le petit en rouge. Mais le petit en bleu décolle, fait une espèce de saut périlleux et retombe par terre sur le dos. Il se met à hurler. Jean-Michel et son père accourent. Heureusement plus de peur que de mal. Une photo supplémentaire suffira à le calmer. Aussi incroyable que cela puisse paraître le père du petit s’est excusé auprès de Jean-Michel ! Nous n’avons vraiment pas dû visiter le même pays que ceux qui disent être mal reçus au Vietnam !

Il est 13 heures, cela fait 5 heures que nous marchons. Nous nous arrêtons dans un « boui-boui » pour déjeuner (riz frit). C’est le moment que choisit notre accompagnatrice Hmong, qui nous suit depuis 5 heures, pour nous proposer ses marchandises. Impossible pour nous de ne rien lui acheter même si les prix qu’elle nous demande sont bien plus chers qu’à Sapa. Après avoir fait sa vente, elle nous quitte et rentre chez elle. Il faut avoir la santé pour faire une vente dans cette région !


Nous reprenons notre randonnée jusqu’au village de Lao Chai, le village où habite Mo, notre guide.








Notre guide nous demande si cela nous ferait plaisir d’aller voir sa maison. Nous lui disons que oui mais à condition que cela ne dérange pas sa famille. Elle a 2 enfants : un garçon de 10 ans et une fille de 12 ans. Elle nous montre leur école et nous arrivons chez elle. Avant d’arriver, elle nous explique que son mari est très malade, qu’il ne peut rien faire ni dans les rizières, ni à la maison. Elle gère seule sa petite rizière, ses trois cochons, ses canards et son métier de guide. Ses enfants font à manger et s’occupent de son mari lorsqu’elle n’est pas là. Elle habite une petite maison en bois très simple, le sol est en terre battu et il n’y a que peu de choses à l’intérieur. Son mari semble effectivement très malade et quasiment fou. Nous sommes très marqués de voir dans quelles conditions elle et ses enfants vivent.

Nous reprenons notre randonnée. Encore quelques kilomètres et nous arrivons à la maison d’hôtes qui nous accueille ce soir. Nous y rencontrons un couple de Lituaniens très sympathiques. Nous serons donc quatre touristes à être accueillis dans cette famille. Le dîner que nous partageons avec notre famille d’accueil et les deux guides est excellent. Après ce dîner les deux guides rentrent chez elles jusqu’au village voisin de Lao Chai (dans la journée notre guide nous avait demandé la permission de rentrer chez elle ce soir pour pouvoir s'occuper de sa famille).